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« Je n’arrive pas à contrôler mes émotions » : comment aider son adolescent à mieux les comprendre ?

il y a 10 minutes
8 min de lecture
Adolescent submergé par ses émotions à la maison

« Je n’arrive pas à contrôler mes émotions. » Cette phrase, votre adolescent l’a peut-être déjà prononcée après une dispute, une crise de colère, une grosse déception… ou au contraire après avoir fondu en larmes sans vraiment comprendre pourquoi.


Et vous, vous êtes parfois démuni.


Vous aimeriez l’aider à prendre du recul. À ne pas exploser pour un rien. À ne pas passer du rire aux larmes en quelques minutes. À mieux gérer ses émotions.


Mais si, finalement, le problème n’était pas que votre adolescent ressent trop d’émotions ?


Et si ce qu’il avait surtout besoin d’apprendre était à les reconnaître, les comprendre et les traverser sans se laisser complètement déborder par elles ?


Pourquoi mon adolescent est-il submergé par ses émotions ?

À l’adolescence, les émotions peuvent sembler particulièrement intenses.


Une remarque d’un parent devient parfois insupportable. Une dispute avec un ami prend des proportions énormes. Une mauvaise note semble remettre en question toute une journée. Un message laissé « vu » peut déclencher une véritable tempête intérieure.


Et lorsque l’émotion monte, il est difficile de réfléchir calmement.

Ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté.


L’adolescence est justement une période importante dans le développement des capacités de régulation émotionnelle. Les recherches montrent que ces compétences continuent à évoluer pendant l’adolescence et que les expériences familiales et les pratiques parentales jouent un rôle dans cette évolution.


Autrement dit : votre adolescent est encore en train d’apprendre.


Il apprend à identifier ce qu’il ressent. À mettre des mots dessus. À comprendre ce qui déclenche certaines réactions. À prendre de la distance. Et progressivement, à choisir ce qu’il veut faire de ce qu’il ressent.


Il ne s’agit donc pas de lui demander de devenir parfaitement maître de ses émotions du jour au lendemain.


Il s’agit de l’aider à mieux se connaître.


Une émotion n’est pas un problème à éliminer

Nous avons parfois été éduqués avec l’idée qu’il fallait maîtriser ses émotions.

« Ne pleure pas. »

« Calme-toi. »

« Ça ne sert à rien de t'énerver. »

« Tu exagères. »

« Contrôle-toi ! »


Le problème, c’est qu’une émotion ne disparaît pas simplement parce qu’on lui ordonne de partir.

Une émotion est une réponse à une situation. Elle peut s’accompagner de sensations physiques, de pensées, d’envies d’agir et de comportements.


La colère accélère parfois le rythme cardiaque et donne envie de repousser ce qui nous dérange. La peur prépare à faire face à un danger. La tristesse peut nous inviter à nous arrêter et à rechercher du réconfort.


Cela ne signifie évidemment pas que tous les comportements provoqués par une émotion sont acceptables.


Votre adolescent a le droit d’être en colère.

Il n’a pas le droit d’insulter ou de frapper.


Il peut être triste.

Il n’est pas obligé de s’enfermer dans sa chambre pendant trois jours en coupant toute communication.


C’est une distinction essentielle : on peut accueillir une émotion sans autoriser tous les comportements qu’elle déclenche.


Et c’est justement là que commence l’apprentissage de la régulation émotionnelle.


Derrière l’émotion, il y a souvent quelque chose à comprendre

Une émotion peut être envisagée comme une information.

Pas comme une vérité absolue.

Pas comme un diagnostic.

Mais comme un signal qui mérite d’être écouté.


La colère peut apparaître lorsqu’une personne se sent injustement traitée, envahie ou empêchée. La peur peut signaler un besoin de sécurité. La tristesse peut accompagner une perte, une déception ou une séparation. La joie peut signaler que quelque chose compte et fait du bien.


Mais attention : il n'existe pas une traduction universelle du type « colère = besoin de respect » ou « tristesse = besoin de réconfort ».


Le même comportement émotionnel peut avoir des significations très différentes selon la personne et la situation.


C’est justement pour cela que la connaissance de soi est si importante.


La bonne question n’est pas seulement :

« Quelle émotion ressens-tu ? »

Mais aussi :

« Qu’est-ce qui se passe pour toi en ce moment ? »


Avant de chercher à gérer ses émotions, apprendre à les reconnaître

Imaginez votre adolescent qui rentre à la maison et claque la porte.

« Laisse-moi tranquille ! »

Premier réflexe parental : répondre au comportement.

« Tu pourrais au moins dire bonjour ! »


Et voilà comment une émotion rencontre une autre émotion… et comment la soirée peut rapidement partir en vrille.


Parfois, il est plus utile de commencer par regarder ce qui se passe derrière le comportement.

Est-il en colère ? Frustré ? Déçu ? Honteux ? Épuisé ? Inquiet ? Submergé par une journée trop chargée ?


Il ne le sait peut-être même pas.


Parce que mettre des mots précis sur une émotion demande de l'entraînement.


Une étude récente menée auprès d'adolescents a notamment étudié le lien entre la clarté émotionnelle, la capacité à différencier les émotions et la régulation des affects. Ces travaux vont dans le sens d'une idée simple : mieux distinguer ce que l'on ressent peut aider à mieux comprendre et réguler son expérience émotionnelle.


C’est pourquoi une question aussi simple que :

« Si tu devais donner un nom à ce que tu ressens, ce serait quoi ? »

peut déjà ouvrir une porte.


Les quatre étapes pour aider son ado à apprivoiser ses émotions

  • La première étape consiste à observer.

Que se passe-t-il dans son corps ? La gorge se serre ? Le cœur accélère ? Les muscles se contractent ? Les larmes montent ? Une envie de partir apparaît ?

Avant même de trouver le bon mot, on peut apprendre à repérer les sensations.


  • La deuxième étape consiste à mettre des mots.

« Je suis énervé. »

« Je suis déçu. »

« Je suis inquiet. »

« Je ne sais pas ce que je ressens, mais je sais que ça ne va pas. »

Et cette dernière phrase est déjà une excellente première étape.


  • La troisième consiste à chercher ce qui a déclenché l’émotion.

Qu’est-ce qui s’est passé juste avant ? Quelle pensée est apparue ? Qu’est-ce que cette situation représente pour moi ? Est-ce que cela réveille quelque chose que j’ai déjà vécu ?


  • Enfin, vient la quatrième étape : chercher ce dont on a besoin et choisir comment agir.

Ai-je besoin de calme ? De temps ? D'explications ? De réassurance ? De poser une limite ? De parler à quelqu'un ? De dormir ? De prendre de la distance ?


L’objectif n’est pas de faire disparaître l’émotion.

C’est de passer progressivement de :

« Mon émotion me contrôle » à : « Je comprends mieux ce qui se passe en moi et je peux choisir ce que j’en fais. »


Parent qui accompagne son adolescent dans la compréhension de ses émotions

Et vous, parent, dans tout ça ?

C’est probablement l’un des points les plus difficiles.


Parce que lorsque votre adolescent déborde, vous pouvez déborder aussi.

Son cri déclenche votre colère. Son silence vous inquiète. Ses larmes vous bouleversent. Son « laisse-moi tranquille » vous donne envie de répondre immédiatement.


Or les recherches sur le développement de la régulation émotionnelle soulignent également l’importance du contexte familial et des comportements parentaux dans cet apprentissage. Les adolescents apprennent notamment par observation et par les interactions avec leurs parents.


Cela ne signifie absolument pas que vous devez être un parent parfaitement calme.

Vous avez le droit de perdre patience.

Vous avez le droit d’être fatigué.

Vous avez le droit de dire : « Là, je suis trop énervé pour qu'on continue cette conversation. On en reparle dans vingt minutes. »


Et cette phrase peut même devenir un formidable modèle.


Parce que vous montrez à votre adolescent qu’une émotion peut être reconnue sans être immédiatement transformée en action.


« Mais comment l’aider quand il est complètement submergé ? »

Quand l’émotion est très forte, ce n’est probablement pas le meilleur moment pour faire un grand cours sur la gestion des émotions.


Votre adolescent n’a pas forcément besoin d’une analyse brillante. Il a souvent besoin de retrouver suffisamment de sécurité et de calme pour pouvoir ensuite réfléchir.

Une présence tranquille peut parfois être beaucoup plus efficace qu'une succession de questions.

« Je vois que c'est vraiment difficile pour toi. »

« Je suis là. »

« On en parlera quand tu seras prêt. »


Et lorsque la tempête est passée, vous pourrez revenir sur ce qui s'est produit.

Pas pour faire le procès de son comportement.

Mais pour l'aider à devenir progressivement observateur de lui-même.

« Qu’est-ce qui s’est passé pour toi ? »

« À quel moment tu as senti que ça montait ? »

« Qu’est-ce que tu aurais aimé pouvoir faire différemment ? »

« De quoi aurais-tu eu besoin à ce moment-là ? »

Ces questions l’aident à construire peu à peu sa propre boîte à outils.


La roue des émotions : mettre des mots quand ils ne viennent pas

Parfois, demander à un adolescent « Qu'est-ce que tu ressens ? » revient à lui demander de résoudre une équation sans lui donner les chiffres.

Il répond :

« Je sais pas. »

« Rien. »

« Ça va. »


Alors qu'à l'intérieur, c'est peut-être tout sauf « rien ».


Les outils visuels peuvent alors être précieux. La roue des émotions permet notamment de partir d'une émotion générale puis d'affiner progressivement le vocabulaire : colère, tristesse, peur, joie, dégoût, surprise… puis des nuances plus précises.


Roue des émotions

Vous pouvez simplement la regarder ensemble et demander :

« Si tu devais choisir une couleur ou un mot qui ressemble à ce que tu ressens aujourd’hui, lequel serait-ce ? »

Sans interrogation.

Sans obligation de parler.

Juste pour apprendre à mieux se connaître.



Et si « je n’arrive pas à contrôler mes émotions » était finalement une invitation ?

Une invitation à ralentir.

À observer.

À mettre des mots.

À comprendre ce qui se joue.

À découvrir ses besoins.


Et surtout à comprendre que ressentir une émotion intense ne signifie pas être une personne « trop sensible », « trop fragile » ou « ingérable ».


L’émotion fait partie de nous.


L’enjeu n’est pas de devenir quelqu’un qui ne ressent plus rien.

C’est de devenir progressivement quelqu’un qui se comprend suffisamment pour ne plus être entièrement piloté par ce qu’il ressent.


C’est particulièrement important à l’adolescence, période où les capacités de régulation émotionnelle sont encore en développement.


Alors, la prochaine fois que votre adolescent vous dira :

« Je n’arrive pas à contrôler mes émotions… »

peut-être que vous pourrez lui répondre autrement que :

« Contrôle-toi ! »

Pourquoi pas simplement :

« Je comprends. Et si on essayait d’abord de comprendre ce qui se passe pour toi ? »


Parce que parfois, avant d'apprendre à gérer ses émotions, il faut commencer par apprendre à se connaître.


Pour aller plus loin

Si les colères de votre adolescent occupent une place importante dans votre quotidien, vous pouvez également lire :

Pour réfléchir plus largement à notre rapport aux émotions :

Et pour découvrir une approche plus créative du rapport aux émotions :



Le mot de la coach

Accompagner un adolescent dans ses émotions, ce n’est pas lui apprendre à devenir parfaitement calme. C’est l’aider à mieux se comprendre, à mettre des mots sur ce qu’il vit et à découvrir progressivement ce qui lui correspond.


Et parfois, un regard extérieur peut justement l’aider à faire ce pas de côté.


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Cécile Solar

Coach professionnelle certifiée | Connaissance de soi • Jeunes 15–25 ans

J’aide les jeunes à mieux se connaître pour savoir ce qui leur correspond, faire leurs propres choix et avancer avec confiance.
 

France & international | Expatriation • Mobilité • Études à l’étranger

Co-auteure des 3 guides Objectif Orientation — Hachette
Membre de Génération 15-25

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